Soja, tournesol, manioc, des noms doux pour des cargaisons lourdes. Chaque jour, dix mille tonnes de graines et de tourteaux basculent des cales vers la terre. La poussière monte avant de retomber, lente, obstinée, comme une brume qui ne viendrait pas de la mer mais de champs lointains.
Ces denrées ont traversé l’Atlantique. Elles portent encore, invisibles, la mémoire des monocultures sans ombre, des terres saturées de chimies. Ici, elles deviennent aliment, matière à engraisser, à produire, à accélérer le cycle. Mais avant cela, elles se dispersent. Elles flottent, se déposent sur les quais, sur les toits, dans les replis de l’air.
Par temps anticyclonique, la poussière semble suspendue au dessus du port comme une respiration retenue. L’atmosphère s’épaissit. Les particules, invisibles à l’œil nu, tracent une
cartographie fragile de notre dépendance, tendue d’un continent à l’autre.
La poussière se mesure lorsqu’elle se dépose. Des seuils existent ailleurs, comme en Allemagne, où l’on fixe une limite : 350 mg par mètre carré et par jour. Mais ici, la mesure se
cherche encore, comme si le phénomène hésitait à être nommé.
2019

Livre auto-édité, 100 pages, 65 photographies couleur, 2019
Je ne l’ai pas vue tout de suite pourtant elle recouvrait la rue. Le blanc de la taule et le vert tendre des herbes étaient un monochrome terne,
couleur poussière.























